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Réseaux Pros à travers le monde : DFPN Qatar, portrait de sa Présidente

Estelle Roure, Présidente DFPNEstelle Roure est la Présidente du DFPN (Doha French Speaking Professional Network). Elle est installée à Doha depuis février 2010. Diplômée d’un Institut d’Études Politiques, complété d'un master en géopolitique européenne, elle travaille à plein temps pour Qatar Museums qui est l’autorité qui gère les musées qatariens.

Elle nous raconte son parcours, comment et pourquoi elle a souhaité s'investir de manière très active au sein de DFPN.

Quel est votre parcours d'expat ?  

J’ai toujours voulu travailler à l’international ou dans un contexte international. J’ai commencé par une année Erasmus en Angleterre qui a confortée ce désir, puis un VIE aux USA. J'avais vraiment le sentiment d'être "dans mon bain" hors de France.

Le retour en France à la fin de mon VIE a été désastreux, avec une très longue période sans emploi. (Ahhh la France et ses rigidités, ses cases où il faut rentrer..). Mais la certitude de vouloir repartir … cette fois-ci, dans le cadre d’un projet familial.

Et puis celui qui allait devenir mon mari et qui est chercheur a lui obtenu un poste en Allemagne. J’étais moi en poste à Paris. Pendant des années nous avons eu une relation à distance. Tout en essayant soit moi de trouver en emploi en Allemagne (peine perdue), soit lui de trouver un emploi en France (peine perdue). Nous cherchions donc un endroit dans le monde où nous pouvions tous les deux travailler. Quand il a vu cette annonce pour le Qatar

La recherche d’emploi au Qatar a été assez révélatrice de ce que beaucoup de conjoint-e-s d’expat vivent.

Tout d’abord, j’ai commencé ma recherche avant de partir en répondant bien sûr à des annonces, mais en activant également mon réseau. J’ai ainsi été mise en relation avec des acteurs locaux. Malgré cet appui, je n’ai jamais eu que peu de réponses. Ensuite, l’entreprise de mon mari qui nous avait dit « Votre femme trouvera du travail sans problème» avait omis de dire que son accompagnement était inexistant. Et que si elle prenait quelques conjoints cela restait limite. Je passe rapidement sur le nombre de candidatures envoyées et qui n’ont jamais eu de réponse…

J’ai alors fait en quelque sorte de l’intelligence économique 

Je regardais dans les journaux les entreprises qui s’installaient au Qatar ou les projets qui se développaient. Si je pensais pouvoir avoir un rôle à jouer, j’allais directement frapper à la porte. Ici au Qatar, on pouvait encore le faire il y a quelques années.

Quand j’ai enfin réussi à décrocher des entretiens ici ou là, j’ai été confrontée à des remarques très désobligeantes de la part d’occidentaux. Je tiens à le préciser au cas où l’on pourrait penser que certains stéréotypes patriarcaux seraient plus forts dans les sociétés arabes. Voici quelques exemples : « Vous cherchez un job pour vous « occuper » ?»,  « Nous aimons les femmes d’expat (à des postes subalternes) : elles sont très qualifiées et du coup font mieux le travail et puis elles, cela leur permet de s’occuper et prendre soin de leur famille ». Je passe sur les « Vous ne voulez pas être prof de français ? » et autres « Votre mari ne gagne pas assez ? »

Bref, il m’a fallu 9 mois pour trouver un emploi dans un secteur qui me convenait à mon niveau d’expertise et de séniorité.

Qu’est ce qui vous a poussé à intégrer de manière active le réseau pro Doha French Speaking Professional Network (DFPN) ?

Quand je suis arrivée au Qatar, un club anglophone de femmes professionnelles (QPWN) venait de se créer. Et je les ai rejointes au bureau sur la partie évènementielle. Pour moi, l’investissement dans des associations locales est l’un des meilleurs moyens de garder une attitude et des réflexes professionnels, tout en développant son réseau et en se faisant connaitre. J’y suis restée 3 ans.

Puis une amie qui venait d’arriver au Qatar m’a demandé d’être marraine d’un réseau professionnel francophone qu’elle voulait monter. C’est comme cela qu’Emmanuelle Grisez a créé le DFPN et que j’y suis entrée. Au départ pour être un relais de réseau et recevoir les personnes qui chercheraient à travailler dans mon domaine. Mais aussi animer des ateliers et faire des présentations lors des soirées. Quand Emmanuelle est partie, elle m’a proposé de me présenter à la présidence.

Ma dynamique pour m’investir dans ces associations est la même : lorsque je suis arrivée à Doha et que je cherchais du travail, des personnes m’ont reçue. Et avec gentillesse et disponibilité, m’ont ouvert leur carnet d’adresse afin que je puisse faire les bonnes rencontres. Et le même scénario s’est reproduit quand j’ai évolué dans ma carrière et changé de positions. Alors, même si j’ai déjà remercié ces personnes, le meilleur moyen d’être à la hauteur de ce qu’elles m’avaient offert a été et est encore, à mon tour, de pouvoir ouvrir mon carnet d’adresses et mettre en relations des personnes. D’où mon implication particulière au DFPN. Créer du réseau pour moi, cela ne s’arrête pas l’échange de cartes. C’est aussi permettre un lieu de rencontres conviviales où chacun se sente en confiance, pour échanger sur son métier, sur les challenges rencontrés, mais aussi les motivations et les succès. C’est peut-être avoir la prétention d’insuffler un peu d’humain dans un monde qui l’oublie parfois.

Pouvez-vous présenter le DFPN, comment il fonctionne, son principe

L’idée d’origine du DFPN est qu’il est plus efficace de mutualiser les efforts des uns et des autres. Au Qatar, le réseau est essentiel. Ainsi, plutôt que les demandeurs d’emploi fassent chacun des recherches de leur côté, ils mettent en commun les informations recueillies et se soutiennent. Quand l’un trouve une piste, il partage avec les autres.

Ainsi, les maîtres-mots de l’association sont réseau et entraide. L’idée est de créer des ponts dans le monde professionnel et de développer une communauté professionnelle francophone.

Nous sommes toutes bénévoles, soit déjà bien implantées dans nos entreprises ou à la recherche d’un emploi. Et c’est parce que nous connaissons la vie professionnelle au Qatar que nous avons vraiment plaisir à consacrer du temps à animer cette communauté de professionnels. Et puis surtout accompagner les participants dans leurs démarches de recherche d’emploi.

Quelles activités organisez-vous ?

Notre cœur d’activité est d’une part l’aide à la recherche d’emploi que nous réalisons à travers nos réunions « Matinales » et « Editions du soir ». Et d’autre part développer et animer un réseau de professionnels à l'occasion de nos soirées.

Grâce aux réunions, nous apprenons à mieux connaître les personnes à la recherche d’un emploi, ce qui nous permet de mieux les accompagner. Nous mettons aussi à leur disposition un réseau. Un nouvel arrivant n’a pas de réseau et ne sait pas de quelle manière entreprendre une recherche d’emploi. Le DFPN leur permet ainsi gagner du temps.

Nous leur proposons aussi des ateliers pour la rédaction du CV et la définition du projet professionnel. Et nous n’oublions pas les personnes en poste pour qui nous animons des ateliers sur des thèmes aussi divers que « développer son réseau professionnel » ou le «lean management ».

La recherche d’emploi est-elle aisée au Qatar ?

Il est important de noter que le DFPN s’adresse exclusivement aux personnes présentes au Qatar ou qui savent qu’elles vont venir au Qatar (mutation du conjoint). Ce sont donc souvent des conjoints d’expatriés qui sont à 90 % des femmes. Nous n’aidons pas les personnes qui veulent s’expatrier ici.

Ce qui n’est pas forcément facile pour les candidats, c’est qu’ils sont en concurrence avec le monde entier. En comptabilité, ils entreront en concurrence avec des résidents Indiens. Ou encore avec des ressortissants Philippins pour des emplois d’infirmier. Et avec des expatriés Libanais pour des emplois de cadres commerciaux.

Ce n’est ni plus facile qu’ailleurs, ni plus difficile. Néanmoins, le Qatar est un pays suffisamment ouvert pour offrir des opportunités aux personnes qui souhaitent exercer une autre profession que leur métier initial. Pour les employeurs, les compétences sont plus importantes que le métier préalablement exercé. Le demandeur d’emploi a intérêt à identifier au sein de son champ de compétences professionnelles lesquelles pourront être utiles à d’autres secteurs. Par exemple, si un ingénieur civil souhaite changer de métier. Il pourra devenir formateur ou travailler dans des domaines où les compétences en gestion de projet sont essentielles. Il faut être ouvert et flexible.

Pour conclure, avez-vous un message pour les conjoints suiveurs ?

Il est important que le nouvel arrivant sache ce qu’il veut, ce qu’il a envie de faire et de ne pas faire, en termes d’équilibre vie de famille – vie professionnelle. Mais aussi en termes financiers ou de possibilité d’évolution de carrière. Bref, il faut qu’il sache s’il a envie ou besoin de faire des compromis et dans quels domaines. Et après seulement, soit se lancer dans la recherche d’emploi ou monter sa propre boite. Ou changer d’orientation. Ou faire un break pour s’occuper de sa famille. Il n’a a pas de bon ou mauvais choix. Il n’y a que des choix que l’on a fait en connaissance de cause et que l’on a accepté et où l’on tente de s’épanouir. Et il y a autant de déclinaisons qu’il y a de conjoints suiveurs. Tout ne se résume pas à être « madame de l’Accueil du pays qui anime un atelier de macramé entre une séance de spa et le sport des enfants » ou « folle carriériste mauvaise mère »

Mon conseil essentiel est qu’il ne faut jamais se sous-estimer. Il faut avoir confiance en soi. Beaucoup de demandeurs d’emploi ont tendance à sous-évaluer leurs compétences (notamment en anglais, par exemple). Les personnes à la recherche d’un emploi ont parfois des moments de découragements. Mais justement les associations comme la nôtre sont là pour les accompagner et leur remonter le moral.

Estelle Roure, la Présidente du Doha French Speaking Professional Network

Retrouvez la fiche structure du DFPNDoha Frenchspeaking Professional Network

Pour aller pluis loin :
Liste des Réseaux – Networking

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