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Faire carrière en politique en vivant à l’étranger

A l’occasion d’une série d’interviews que nous lançons sur la représentation démocratique des Français de l’étranger, nous avons posé à brûle-pourpoint la question au sénateur Damien Régnart. « Et comment devient-on sénateur en fait ? ».

Se lancer en politique en vivant à l’étranger. Voilà une idée saugrenue aujourd’hui car ce n’est pas forcément en ce moment le métier le mieux considéré. Et encore moins lorsqu’on habite loin de son pays et que l’on voit le jeu politicien avec beaucoup de distance et de généralisations.

De plus, l’intérêt général et les questions citoyennes sont loin des préoccupations essentielles du quotidien des expatriés, plutôt concernés par la mise en place de leur nouvelle vie dans un nouveau pays. Pourtant, certains consacrent des efforts importants à leurs activités politiques.

Pourquoi et comment font-ils ?

A première vue, l’engagement en politique depuis l’étranger peut paraître incongru. On ne part pas à l’étranger pour se faire élire ! Lorsqu’on arrive à l’étranger, on est déjà tellement submergé par sa propre installation qu’il est illusoire de songer à s’occuper des autres.
Et puis on se fait un réseau. On est souvent accueilli par des associations dont les plus importantes sont la FIAFE, l’UFE et Français du Monde-ADFE. Enfin, rapidement, on passe du rôle d’accueilli à celui d’accueillant et en s’investissant, on trouve sa place.

D’autres sont conduits à pousser la porte d’une institution représentant leurs compatriotes par la volonté de revenir à leurs racines lorsque l’expatriation se fait longue.
Soulignons que ces parcours sont assez rares. La grande majorité des Français de l’étranger restent à distance de ces institutions qui sont supposées les fédérer et les aider à s’intégrer.

Mais quand on se lance, de fil en aiguille, en s’occupant des autres, on en vient à porter leurs besoins, à identifier ce qui devrait être changé, à s’impliquer pour améliorer la situation. Comme le souligne Gaëlle Barré, conseiller consulaire pour Français du Monde, « il y a vraiment beaucoup de choses à défendre pour les Français de l’étranger. On remarque les injustices et cela donne envie de s’impliquer. »

Alors si l’équipe avec laquelle on s’investit correspond à nos valeurs, si on y trouve du sens, il arrive de passer du statut de membre ou de militant à celui d’élu et parfois rentrer dans le grand jeu.
Comme cela sera détaillé dans d'autres articles, les débouchés ne sont pas nombreux. Pour 2,5 millions de Français de l’étranger, on compte 443 conseillers consulaires parmi lesquels 90 élus à l’Assemblée des Français de l’étranger. Au niveau national, les postes sont limités à 12 sénateurs et 11 députés. Une bonne nouvelle cependant : malgré de nombreuses tentatives, les parachutages réussis de politiques venus de métropole sont rares, et les Français de l’étranger favorisent les élus issus du terrain.

boutons NL EVLes conditions font réfléchir car leur statut n’est pas très attractif.

Evidemment, le statut de sénateur ou de député est privilégié. En termes financiers, logistiques et humains, ils ont des moyens importants pour exercer leur mission. Rappelons juste que cela exige de s’installer à Paris, alors que ces élus ont souvent construit leur vie à l’étranger.

Il en va autrement pour les conseillers consulaires, c’est-à-dire la plus grande partie des élus des Français de l’étranger. Comme les élus locaux des petites villes en France, ils sont bénévoles et bénéficient simplement d’une indemnité. Or cette enveloppe très limitée doit permettre des déplacements sur une zone qui couvre souvent plusieurs pays. Les conseillers se sentent du coup souvent démunis. Par ailleurs, contrairement aux élus de la métropole, s’ils sont salariés, leur statut d’élu n’est pas reconnu par leur employeur étranger. C’est donc sur leur temps de vacances qu’ils réaliseront leurs interventions au consulat ou qu’ils iront siéger deux semaines par an à l’Assemblée des Français de l’étranger. Voilà peut-être l’occasion de regarder autrement nos élus consulaires !

Alors pourquoi s’impliquer ?

Les propos qui suivent vont peut-être surprendre dans un contexte où il est devenu habituel de se défier des politiques. La rencontre de nombreux élus de l’étranger souligne leur besoin de faire avancer une cause. C'est ce que l'on appelle aussi l’engagement citoyen. Le sentiment d’impuissance devant la difficulté à faire reconnaître les besoins des Français de l’étranger peut décourager. Cependant, il créé aussi une solidarité entre les élus de tous bord. Les jeux politiciens sont atténués sur ces sujets. Il est donc fréquent de voir des alliances entre partis pour tenter de faire avancer une problématique commune.  Les élus remontent en effet souvent du terrain avec le même constat.

Voilà l'appel alléchant que fait Marc Villard, le président de l'Assemblée des Français de l'étranger (AFE): "Vous êtes masochiste, vous avez du temps à perdre, vous ne craignez pas de vous fâcher avec vos voisins ? Alors devenez conseiller consulaire!

Plus sérieusement, ajoute-t-il, il faut avoir la fibre. C’est un poste passionnant. Mais une bonne expérience associative est nécessaire. Tout comme le fait d'être passé par une association représentative, voire un parti politique. Cela confère un statut qui permet d’être un peu plus entendu. Mais il faut avant tout avoir envie de rendre service à ses compatriotes, et ne pas attendre une juste rémunération de ses efforts."

Dans ces conditions, vous envisagez de vous lancer ? Alors voici quelques conseils pour vous repérer.

  1. La politique demande de la patience. Comprendre les besoins du terrain et les acteurs du réseau requiert un long investissement.
  2. Il faut se faire connaître, faire des propositions, travailler, avoir un mentor. N’hésitez pas à vous impliquer dans plusieurs associations ou institutions afin de multiplier vos réseaux. UFE, Français du monde – ADFE, mais aussi Chambre commerce, Conseiller du Commerce extérieur, Alliance Française… l’ancrage permet d’être reconnu par ses pairs pour son travail de terrain et sa capacité à rassembler autour d’un projet.
  3. Saisir sa chance et la garder : le jour où la lumière tombe sur vous, ne pas hésiter. Puis savoir se défendre avec un savant mélange de consensus et de détermination. Et à long terme, rester motivé et convaincu face aux réalités du terrain. On y avance souvent bien doucement et au prix de grands combats.

Vous êtes élu ? Vous vous impliquez en politique à l’étranger ? N’hésitez pas à réagir à cet article.

Pour en savoir plus sur les institutions françaises à l'étranger, consultez cette infographie très complète réalisée par femmexpat.com.

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