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Retour vers le futur, qui est la nouvelle famille expatriée ?

La nouvelle famille expatriée, retour vers le futur pour les entreprises ?

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Pendant des années, les responsables de la mobilité des entreprises envoyaient à l’étranger un profil assez normé, celui que dans mon livre* je décris sous le modèle de « ma sorcière bien-aimée » :

Monsieur l’expatrié, suivi de sa femme au foyer et de ses enfants. Cet expatrié existe toujours bel et bien mais il a été rejoint par de nombreux autres modèles.

Observons ensemble les nouveaux membres de la tribu expat en cherchant à comprendre les causes de ces changements, et leur impact sur les pratiques de mobilité internationale.

Pour analyser ces évolutions, nous nous fonderons sur deux types de sources : des grandes enquêtes démographiques produites par des organismes internationaux et, là où c’est pertinent, les derniers chiffres de notre baromètre Expat Communication.

Pour une fois sur Expat Value dont l’angle est avant tout celui du conjoint expatrié , nous nous plaçons dans la perspective des responsables mobilité internationale des entreprises qui expatrient.

1-De familles moins stables

Premier constat : la hausse du nombre de divorces. C’est le corollaire du mariage d’amour. Le divorce, rarissime en 1900 frappe chaque année 4% des couples dans l’OCDE.

Impact sur l’expatriation : la volatilité des couples.  La question des remariages et la problématique des enfants d’un premier lit s’installent au quotidien dans le bureau du responsable mobilité.
Le divorce induit aussi un besoin croissant de protection financière du conjoint. Sachant que leur union est fragile, les conjoints s’inquiètent pour leur carrière et leur retraite.

Comment l’entreprise peut-elle accompagner un couple qui divorce en expatriation ?
Voilà une question loin d’être résolue.

2-De modèles familiaux plus variés

De nouvelles formes de couples se développent : PACS, concubinage, mariage homosexuel.Le schéma ci-joint montre par exemple le taux de couples en concubinage et la part des couples mariés selon les pays. Vous voyez la très grande variété des modèles selon les âges et les pays. Un autre exemple est celui de l’homosexualité. Fierté militante dans certains pays, délit pénal dans d’autres qui refusent ce qu’ils appellent de plus en plus la « colonisation par les valeurs ».

Impact sur l’expatriation : des contradictions difficiles à gérer entre les obligations de non-discrimination en Occident et celles d’assurer la sécurité administrative ou même physique des conjoints. Comment envoyer un couple non marié en Chine ? Comment envoyer des homosexuels dans certains pays lorsqu’ils vous affirment candidement « mais on dira qu’on est cousins ! »

3-Des familles de plus en plus réduites

Bonne nouvelle pour les budgets des entreprises, les familles ont moins d’enfants, surtout hors de France. Cette famille nucléaire va être davantage attentive à tout ce qui concerne l’éducation de leur descendance. Les parents sont plus exigeants sur le choix et le financement de l’école de leurs têtes blondes ou brunes et sur la prise en compte des besoins particuliers de leurs enfants.

Autre impact : les jeunes expatriés sont issus de ces fratries réduites. Et leur comportement est sensiblement différent de celui de leurs aînés. On les dit plus raisonnables, plus conformistes, mais aussi plus égocentriques. Affaire de point de vue !

4-La difficile banalisation des doubles carrières

Conséquence du divorce, ou bien cause, car l’un nourrit l’autre, les carrières des femmes se rapprochent de plus en plus de celles des hommes. Elles sont aujourd’hui globalement plus diplômées. Et leur taux d’emploi rattrape celui des hommes, en attendant l’égalité des salaires.

Les effets sur l’expatriation : la féminisation de l’expatriation, avec environ 20% des expatriés  qui aujourd’hui sont des femmes. Pourquoi un taux encore si bas ? A cause du problème des doubles carrières. Difficile de poursuivre deux carrières de front à l’étranger. D’après notre enquête, 33% des conjoints estiment avoir fortement sacrifié leur carrière. Or aujourd’hui encore, s’il faut faire un choix entre la carrière de Monsieur et celle de Madame, c’est encore souvent celle de Monsieur qui prévaut. Résultat : dans 90% des cas, quand un couple part, c’est Madame qui suit. En revanche,  les femmes sont plus nombreuses à partir seules.

Notons au passage que même s’il est encore minoritaire, le conjoint homme se fait une place, et fait bouger les lignes.

Parallèlement se développe un autre phénomène: le refus de déménager la famille. Le commuting, split family ou célibat géographique qui est en pleine explosion et les réponses des entreprises sont très variées.

Les entreprises s’adaptent en élargissant leurs offres d’accompagnement pour les conjoints ; préparation à l’expatriation, accompagnement professionnel, enveloppe pour des formations ou le financement de la retraite ; les accompagnements se banalisent, facilitant les reconversions.

5-Une expatriation qui n’est plus exclusivement culturellement occidentale

Les flux d’expatriation ont d’abord été du siège vers les filiales étrangères pour des questions de contrôle et de transferts de compétences. Puis se sont ajoutés des flux des filiales vers les sièges pour des raisons de formation et de transformation culturelle. Aujourd’hui, les mouvements sont aussi de filiale à filiale ou de siège à siège dans le cas des groupes multinationaux.

Les politiques de mobilité s’adaptent diversement à ces demandes culturelles différentes. Faut-il autoriser la prise en charge de la grand-mère péruvienne que le jeune couple n’imagine pas laisser seule en partant en Chine ? Comment définir une politique équitable dans des pays dont les ressortissants n’envisagent l’expatriation que sous la forme du célibat géographique ? Faudra-t-il un jour reconnaître la polygamie ?

6 -Une exposition plus fréquente à l’international, mais encore superficielle

Des mouvements contradictoires se conjuguent. Les migrations internationales sont à un point haut avec plus de 250 millions de migrants en 2015 pour 170 millions en 2000.  (source :  Nations Unies).

A plus petite échelle, on voit l’apparition d’une nouvelle population globalisée, les TCK, (third culture kids), avec une mentalité globale pour qui la tolérance est une valeur centrale. Chez eux, vivre à l’étranger est une norme.

Il ne faut pas les confondre avec les étudiants qui ont fait une partie de leurs études à l’étranger, ceux que l’on surnomme la « génération Erasmus ». Ceux-là n’ont qu’une expérience très partielle de la vie à l’étranger et sous-estiment très souvent l’impact d’une expatriation.

A l’autre bout du spectre, peut-être en réaction, on voit monter de nombreux foyers d’intolérance, de nationalisme, de repli identitaire et de refus de l’étranger. Cela est valable aussi bien en Occident que dans de nombreux pays émergents avec un refus croissant des normes occidentales.

L’entreprise, qui depuis toujours joue un rôle majeur dans la création d’un creuset culturel est là confrontée à des défis passionnants.

Portrait Alix CarnotAlix Carnot

Directrice du pôle Expat Intelligence d’Expat Communicationn et auteur de *« Chéri(e ) on s’expatrie, » guide de survie à l’usage des couples expatriés » Eyrolles 2016.

Expat Value est le premier site consacré à la carrière des conjoints expatriés. N’hésitez pas à l’explorer !

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