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La femme expatriée et le syndrome de l’imposteur…

syndrome_de_l_imposteur« Depuis que nous sommes installés à Jobourg, je me sens nulle, mais nulle ! »

Elise (pas son vrai nom) m’a demandé de prendre un café avec elle ce matin-là, après qu’elle ait déposé ses enfants à l’école, parce qu’elle craque. Elle est arrivée il y a six mois, a été très occupée au moment de l’installation par le déménagement et l’adaptation de ses trois enfants à l’école, mais maintenant que toute la petite famille a pris ses marques, Elise est envahie par un sentiment d’inutilité et d’échec.

Cette phrase-là je l’ai entendue à plusieurs reprises de la part de femmes expats qui me joignaient via Work In The City JHB, le réseau professionnel que j’ai créé en juin 2016 pour mettre en commun les expériences et les questionnements professionnels des (femmes) francophones à Johannesbourg. Je l’ai entendue de la part de femmes tout à fait saines, mais submergées par des moments de doute.

Le phénomène de l'imposteur

Lorsque les psychologues Clance et Imes ont pour la première fois parlé du phénomène de l’imposteur dans la revue ‘psychotherapy theory, research and practice’ en 1978, elles l’ont décrit comme un phénomène essentiellement féminin. Elles l'avaient constaté  en particulier, chez des femmes très compétentes, fréquentant des séances de thérapie de groupe. Celles-ci, bien que bardées de diplômes et de succès professionnels avaient tendance à attribuer leurs réussites à des effets de hasard ou de chance. Clance et Imes n’avaient essayé de tester des femmes expatriées, elles auraient été édifiées !

Chez la femme expatriée

Ce qui m’a frappée chez les femmes expatriées c’est la rapidité avec laquelle elles perdent confiance en leurs capacités. Des femmes, qui ont souvent le même niveau d’études que leur conjoint et des carrières professionnelles réussies derrière elles avant la première expatriation. Elles finissent au bout de deux ou trois ans par se penser hors circuit et n’avoir plus du tout confiance en leur capacité à mener une vie professionnelle intéressante et valorisante. Oui, 90% des couples partant en expatriation le font dans le cadre d’une expatriation du conjoint, pour autant, cela ne doit pas oblitérer les chances de la conjointe de poursuivre une trajectoire professionnelle en rapport avec leurs aspirations.

A Work In The City JHB, réseau professionnel de femmes (et d’hommes) francophones à Johannesburg, j’ai eu l’occasion de discuter avec nombre de conjoints ‘suiveurs’. L’expatriation est une décision prise ensemble mais très souvent, seulement l’un des conjoints a un projet professionnel dans la destination. Le plus souvent, ce sont les femmes qui suivent. Et ce sont elles qui, placées dans une situation de nouveauté et d’instabilité, doivent trouver des solutions. C’est à elles de se réinventer. Or comme l’ont remarqué les psychologues ayant travaillé sur le syndrome de l’imposteur (l’impostrice ?), celui-ci est d’autant plus facilement développé qu’on sort du familier, qu’on est dans des situations inédites. Ce qui est généralement le cas à l’expatriation, même en bénéficiant d’accompagnement.

Un malaise non exprimé

La situation est d’autant plus délicate que les femmes n’osent pas exprimer leur malaise de peur d’être considérées comme de perpétuelles insatisfaites. Pour une partie d’entre elles, travailler et faire avancer leur projet professionnel est souvent moins une nécessité économique que le maintien d’une composante importante de leur identité. Privées de cette composante, elles en sont réduites à se vivre comme « la femme de », « la maman de » et se sentent comme invisibles en tant qu’individus. Leurs accomplissements professionnels passés leur paraissent des parenthèses irréelles.

Quels conseils donnais-je à Elise ou à celles/ceux qui, en situation similaire, venaient me consulter ?

Le conseil le plus simple est de réseauter , avec des personnes dans la même situation, mais également de rencontrer des gens en poste. Le partage d’expérience fait qu’on se sent moins seul.e, il rassure, il conforte. Le réseau est très important pour trouver des personnes qui partagent les mêmes préoccupations. Les réseaux sociaux sont bien, mais rien ne vaut le présentiel. Un temps dédié régulièrement est recommandé, sinon l’on se démotive. Lorsqu’on est en expatriation en tant que conjoint suiveur, on a souvent un horizon de temps qui est réduit par rapport aux classiques 2-3-5 ans des contrats. Il faut donc se familiariser avec l’environnement le plus rapidement possible. Le réseau va apporter les connaissances de base : obtention de visa, type de profils recherchés, circulation d’information sur des postes à pourvoir qui va pouvoir accélérer les démarches. Il va aussi donner des idées des contraintes liées à l’emploi local.

En fonction de ces informations, les personnes peuvent décider des stratégies possibles pour elles-mêmes.

Recherche d’un emploi, inscription à une formation, création d’une activité ‘portable’, recherche de bénévolat à valeur ajoutée, ou séances de coaching pour débroussailler un projet. Rencontrer régulièrement les mêmes personnes permet de faire un point sur ce qui a avancé, de se poser les bonnes questions pour se réorienter éventuellement. Toutes les personnes n’ont pas le même niveau de maturité dans leur projet professionnel et cela peut enrichir la conversation, aider à trouver des pistes lorsqu’on se sent perdu.e.

Bref, si le syndrome de l’imposteur/trice est une réalité en expatriation, malgré l’ouverture que représente cette expérience, il existe heureusement des moyens de le mettre de côté !

Sociologue de formation, Bénédicte a un parcours professionnel d’une vingtaine d’années dans le secteur académique, elle a notamment été maître de conférence en sociologie à Sciences Po et enseignante en sociologie et d’anthropologie en écoles de sages-femmes.

 

 

Pour aller plus loin :
Regard de coach sur le syndrome de l'imposteur

Une expat réussie en s'investissant dans 2 projets bénévoles !

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