Portraits d’expats entrepreneurs

Portrait de Juliette : de l’enseignement du français à la création d’un programme spécial Expat


Aujourd'hui responsable du programme Expat du Cours Griffon, Juliette de Chaillé a eu la chance de vivre les 2 facettes de l’expatriation :

  1. D'abord en tant qu’enfant d’expatriés à Hong-Kong et Singapour
  2. Ensuite en tant que femme expatriée avec ses propres enfants, en Irlande (Dublin), aux Philippines (Manille) et maintenant aux USA (baie de San Francisco). En comptant 9 mois d’échange universitaire au Mexique (Puebla) et de stage à Singapour,

Cela fait en tout 14 années de vie à l’étranger ! Quelle chance !

Pour Expat Value, elle partage son parcours riche en  changements et en capacité d'adaptation comme un bon nombre d'entre nous.

Votre parcours professionnel jusqu'au Cours Griffon

Mon parcours professionnel est intimement lié à ces 14 années d’expatriation.

Une adolescence d'expatriée

Dès le collège et lycée en Asie, j'avais une appétence particulière pour l’apprentissage des langues (anglais, espagnol, mandarin),  l’ouverture sur les autres cultures et le langage, la communication en général. S’en est suivi un parcours en école de commerce avec une majeure en marketing (BAC +5) et un premier emploi en trade marketing dans les spiritueux, après plusieurs stages en grande consommation.

Une vie de famille en expatriation

En 2011, j’ai suivi mon mari en Irlande et notre famille s’est agrandie. Avec deux jeunes enfants à la maison et le retour à une vie plus internationale, l’idée d’une reconversion professionnelle a mûri et c’est ainsi que j’ai décidé de me tourner vers l’enseignement en suivant à distance la formation DAEFLE (Diplôme d’Aptitude à l’Enseignement du Français Langue Etrangère) de l’Alliance Française de Paris Ile-de-France. Mon diplôme en poche, j’ai enseigné le FLE quelques années avant de me tourner vers le FLAM (Français LAngue Maternelle) pour les enfants francophones expatriés scolarisés en école irlandaise. Avec l’aide de quelques parents, j’ai monté des petites classes FLAM qui ont rencontré un vif succès à Dublin, puis Manille, puis en Californie ! L’idée était de permettre à des enfants francophones, parlant généralement le français couramment à la maison, de poursuivre l’apprentissage de la langue française écrite à un niveau bon pour réintégrer sereinement une école française par la suite.

Un projet qui fait sens

En 2019, j’ai contacté le directeur du Cours Griffon, séduite par le projet de “programme expatriés” annoncé. Je voulais savoir si ce programme pourrait correspondre à un usage dans mes classes...Après plusieurs conversations passionnées sur le maintien de la langue française à l’étranger, M. du Bellay m’a confié la responsabilité de ce projet, en collaboration avec la directrice du primaire. Une très belle opportunité pour moi, à la croisée de mes compétences professionnelles : l’enseignement et le marketing, dans le contexte de l’expatriation ! La boucle était bouclée !

Vers le développement d'un programme "spécial expat"

L'enseignement du français en expatriation

Au début, j’ai monté ces petites classes de français car je ne trouvais rien qui correspondait vraiment à ce que je recherchais pour mes propres enfants :

  • l’Alliance Française s’adressait plutôt à des enfants anglophones ou parlant peu le français,
  • l’association FLAM plutôt à des enfants de couples mixtes souhaitant maintenir le français à l’oral, par le jeu principalement.
  • Côté cours par correspondance, les différents programmes de scolarité complémentaire existants me semblaient trop chronophages et franco-français, peu adaptés à des enfants scolarisés en parallèle en école locale.

Une approche adaptée aux profils des enfants expatriés

J’étais, et je reste persuadée, qu’en travaillant efficacement et régulièrement, on peut garder un bon niveau de français écrit en 3h par semaine. Je suis aussi convaincue que pour accompagner un enfant expatrié, il faut avoir vécu soi-même à l’étranger et avoir eu des enfants scolarisés en système local. C’est un prérequis essentiel dans le recrutement de nos professeurs correcteurs et c’est l’une des marques de fabrique de notre programme expat’. Des professeurs diplômés et expatriés (ou anciens expatriés) corrigent les évaluations de nos élèves partout dans le monde, avec la juste dose de rigueur à la française et de bienveillance à l’anglo-saxonne. On prend l’enfant là où il en est pour l’emmener le plus loin possible, il n’y a pas de bons ou de mauvais élèves, juste des enfants qui ont le courage de se remettre à travailler après l’école et qui ont besoin d’encouragements pour maintenir cet effort sur le long terme. La régularité est clé, l’engagement des parents auprès de leurs enfants aussi. Notre programme s’attache également à transmettre une culture scolaire à la française: l’élève travaille sur un cahier, avec de beaux manuels. Il apprend quelques poésies, pratique l’exercice de dictée et découvre chaque notion grammaticale en partant d’un texte de la littérature classique.

Le programme s’articule autour de 3 piliers :

  1. l’étude de la langue (grammaire, orthographe, conjugaison),
  2. l’expression écrite (rédaction, vocabulaire),
  3. la lecture suivie.

Nos élèves obtiennent de très bons résultats à leur test d’entrée dans les écoles françaises.

Les difficultés rencontrées dans votre parcours 

Ma principale difficulté a été de gérer la quantité de travail au fil des années. Lorsqu’on démarre en tant que professeur, il faut compter au moins 1h de préparation pour 1h de cours, sans compter le temps passé à construire une progression adaptée à ses élèves. Je suis très entière, j’aime faire les choses en profondeur, j’aime adapter le contenu de mon enseignement à mes élèves sans “dérouler” un cours tout fait ou une méthode toute faite. Chaque année je renouvelle ou enrichis mes supports, je les adapte à l’actualité. Cela prend du temps, surtout lorsqu’on est débutant...qu’on a plusieurs jeunes enfants à la maison et un déménagement vers une nouvelle destination sur les bras (3 expatriations en 8 ans).

L’année dernière a été une année particulièrement intense avec la conception et la mise en place  du programme expat’ du Cours Griffon, alors que j’arrivais tout juste en Californie...Le fait de travailler en équipe, dans un climat de confiance et d’entraide avec le bureau de Paris, a été un véritable soutien dans ce projet ambitieux.

Les distances et le décalage horaire : un travail entre San Francisco et la France 

Je travaille principalement le matin et en début d’après-midi, lorsque l'équipe française est encore au bureau. Mais j’ai aussi au bout du fil des familles expatriées partout dans le monde, je suis devenue incollable sur les fuseaux horaires ! WhatsApp est mon principal outil de communication, cela me permet de répondre aux questions dès que le décalage horaire le permet. Les familles expatriées sont très habituées à ce mode de communication.

Allier votre vie de femme expat et votre vie professionnelle

Lorsqu’on travaille de la maison, il est difficile de définir une frontière nette entre vie professionnelle et vie personnelle, mais cela fait des années que je travaille ainsi et j’ai maintenant l’habitude, mes enfants à peu près aussi. Le fait de travailler surtout le matin me permet de me consacrer à mes enfants lorsqu’ils ont terminé l’école (vers 14h30 dans le système américain). Deux après-midi par semaine sont consacrés à l’étude du français avec le programme expat’, cela me permet aussi de me placer du côté des parents et de tester et améliorer continuellement mon propre programme ! “Un programme de français exigeant mais réaliste, conçu par et pour les expatriés”, voilà ce qui m’anime en tant que femme, mère et entrepreneuse en expatriation.

Être expat : un regard différent qui enrichit le projet professionnel

Proposer un programme expatriés géré entièrement de France par des professeurs qui n’ont jamais vécu à l’étranger me semble montrer une méconnaissance de la “culture expatriée” et donc une possible inadéquation avec les attentes des familles à l’étranger.

Mes 14 années d’expatriation et mes 9 années d’enseignement m’ont permis de comprendre :

  1. les enjeux du bilinguisme,
  2. le fonctionnement des enfants dits “de la 3e culture” (Third Culture Kid)
  3. les objectifs des familles expatriées à court ou moyen terme.

Cette compréhension m’apporte une véritable crédibilité face aux familles qui me contactent, elles se sentent comprises et accompagnées personnellement dans leur projet d’apprentissage du français. On ne peut pas attendre la même chose d’un enfant qui fait 10h de français par semaine à l’école française et d’un enfant qui en fait 3 en plus de l’école américaine ou anglaise. Comme je le dis souvent à mes interlocuteurs, il faut savoir choisir ses batailles et ne pas s’éparpiller au risque de tout faire à moitié (écriture cursive ou pas? du français uniquement ou aussi des mathématiques, de l’histoire…? Tout dépend de l’enfant et du contexte!). Lorsqu’on choisit la bataille du maintien du français écrit, un enseignement spiralaire et bienveillant, prenant en compte les ponts possibles entre les langues permet d’atteindre l’objectif principal pour un enfant bilingue : maîtriser aussi bien sa langue maternelle que sa langue de scolarisation, afin de ne fermer aucune porte pour ses choix de scolarité, d’études et de profession.

Le bilinguisme est exigeant, mais c’est une chance !

 

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