Entrepreneuriat Portraits d’expats entrepreneurs

Emilie, expat entrepreneuse à Moscou

portrait_emilieEmilie, 42 ans, est expatriée depuis 2012 à Moscou. Mariée, elle a deux enfants. Emilie a une formation en relations publiques et travaillé en agence de communication à Paris pendant 12 ans. Elle nous raconte comment l'expat l'a rendue entrepreneuse. Belle rencontre avec la fondatrice de Emilie Digital Agency.

Obstacles pros et bonnes surprises ?

J’ai donné le feu vert à mon mari pour partir en expatriation en 2012 au moment où mon entreprise venait de se faire racheter par un groupe étranger. Je ne savais pas où aller à ce moment-là. Ni l'envie de retourner dans une autre agence ni de postuler chez le Client. Je pensais que le fait de partir à l’étranger dynamiserait ma carrière professionnelle et m’ouvrirait à de nouveaux challenges. Ce ne fut pas faux mais pas de la manière dont je le pensais.

En arrivant en Russie, je rencontre beaucoup de chefs d’entreprise. Je m’aperçois que les besoins ne sont pas du tout les mêmes qu’en France. Mes compétences ne sont pas transférables et surtout il y a une véritable barrière avec la langue russe.

Au bout d’un an et demi, j’ai eu l’occasion de toucher à un tas de choses dont l’écriture d’un ouvrage qui a été publié. Cependant, j’ai l’impression de m’éparpiller et de ne pas être maître de mon destin professionnel. Il est temps d’avoir un projet qui m’appartienne et que je puisse transporter dans ma valise au gré des déplacements.

La recherche d'emploi

Dès les premiers jours qui ont suivi mon arrivée, j’ai activé le programme d’outplacement dont je bénéficiais en tant que conjoint accompagnateur. J’ai rencontré une agence locale qui m’a démoralisée assez vite en mettant en avant les contraintes juridiques pour obtenir un visa de travail. Par ailleurs, ils ne comprenaient pas le métier que je pratiquais en France.

Sur les conseils d’une amie, j’ai contacté les expatriés francophones en poste dans les entreprises internationales. J’ai dû rencontrer plus d’une trentaine de personnes en l’espace de 3 mois. J’avais l’impression d’être une patate chaude que chacun se renvoie et j’ai surtout compris que mon métier, tel que je le pratiquais en France, n’avait pas de sens ici ou pour peu qu’il soit pratiqué, il aurait fallu que je maîtrise le russe parfaitement à l’oral comme à l’écrit.

J’ai fini par obtenir une mission de quelques mois dans un groupe de communication international pour mener un audit interne. En parallèle, j’ai donné quelques cours de communication à des étudiants, je pigeais pour un site d’informations, mais je n’avais toujours pas trouvé mon projet professionnel, celui qui vous donne le sourire et l’énergie pour vous lever le matin. J’avais le moral à zéro, je me sentais épuisée et j’avais l’impression d’être totalement inutile. J’ai dit clairement à mon mari que si je ne trouvais pas quelque chose dans les mois à venir, je rentrerais à Paris.

Se faire accompagner

 J’ai pris contact avec une coach ne sachant absolument ce que je pouvais faire, mais en me disant que c’était ma dernière chance. Devenir entrepreneur ne me parlait alors pas du tout.

boutons NL EVGrâce à ce coaching, j’ai été mise en relation avec des femmes qui étaient dans le même état d’esprit que moi. Et surtout, j’ai compris que je pouvais devenir entrepreneure ! Pour cela, il n’était pas nécessaire d’être Bernard Tapie ou Marc Zuckerberg (un homme en somme.) Créer une entreprise était à la portée de nous toutes à partir du moment où nous sommes prêtes à changer notre état d’esprit ! Etre entrepreneur ce n’est pas avoir une idée de génie mais c’est un véritable état d’esprit à acquérir qui est très différent de celui de salarié. C’est apprendre à travailler pour son entreprise et non plus dans son entreprise. Par ailleurs, aujourd’hui, nous avons toutes les techniques pour travailler à distance et les clients sont prêts à prendre des prestataires qu’ils ne rencontrent que par skype.

Pour ma part, j’ai tout simplement choisi d’adapter mon métier de consultante en agence de communication pour offrir des services de rédaction de contenu web aux entreprises. Aujourd’hui, 95% de ma clientèle se trouve en France. J’ai des clients très fidèles et des partenaires depuis plusieurs années que je n’ai jamais rencontrés pour de vrai.

Les étapes pour créer son business

Tout d’abord, j’ai la conviction qu’il faut être accompagné pour créer son entreprise car cela est très compliqué de la créer seule en expatriation si vous n’avez pas été déjà entrepreneur avant. Un mentor ou un business coach est une aide très précieuse, voire incontournable.

Ensuite, en ce qui concerne l’idée qui va vous permettre de créer votre entreprise, soit vous pouvez adapter votre métier à l’entrepreneuriat, et si possible à distance, soit il faut songer à une reconversion. Le coach peut vous aider également à trouver une nouvelle voie.

Enfin, il faut 6 mois pour lancer un projet solide à partir du moment où vous savez ce que vous voulez faire. Pour ma part, il s'agit d'une entreprise de services. Voici quelles ont été les étapes :
  • Définir mon offre de services et les clients cibles;
  • Tester cette offre auprès d'eux via un questionnaire pour être certaine que je répondais à leurs besoins;
  • Analyser les réponses;
  • Rédiger tout le contenu de mon site web en fonction;
  • Choisir un webmaster, un graphiste et un photographe;
  • Développer le site et la charte graphique avec ces prestataires;
  • Prévoir la session de shooting photo;
  • Définir les actions de promotion pour lancer mon offre et préparer tout le contenu (newsletters, webinaires, emails de ventes etc...);
  • Lancer les réseaux sociaux, définir un calendrier de publications et programmer les publications;
  • Rédiger pour le blog de son entreprise;
  • ...

C'est un travail important que vous ne pourrez pas faire seul. Je vous recommande de vous entourer de prestataires au fur et à mesure de vos besoins.

La première année est souvent euphorique car c’est celle où nous gagnons nos premiers clients. La deuxième nous ouvre sur de nouveaux challenges. Les premiers clients partent, il faut en trouver de nouveaux. Il ne faut pas se décourager. C’est souvent une période de remise en question. Il faut l’accepter et rester capitaine de son entreprise. Des ajustements seront à faire, les modes de prospection seront à creuser, des partenaires peuvent également aider.
La troisième année est celle de la récompense si vous avez su persévérer. Les nouveaux clients arrivent de manière plus régulière, les anciens clients reviennent et vos services sont bien rodés.

Mes conseils

L’expatriation est le meilleur moment pour lancer son entreprise. Vous avez du temps et une forme de sécurité financière que vous n’aurez pas en France. Essayez de trouver un projet de business nomade à emporter partout avec vous. Vous éviterez ainsi l’écueil n°1 de tous les conjoints suiveurs : trouver un job avec chaque nouvelle expatriation. Donnez-vous les moyens de réussir en investissant dans ce projet et en vous faisant aider par un mentor ou un coach. Vous gagnerez du temps, de l’argent et des clients. Entourez-vous des bonnes personnes, ne restez pas seule. Soyez connectée avec des gens qui ont la même philosophie que vous et qui vous maintiendront motivée.
Ce projet d’entreprise doit être pérenne. Ce n’est pas une occupation avant de rentrer. C’est votre nouveau job.

Propos recueillis par Gaëlle GREGOIRE, responsable éditoriale d'Expat Value. Elle a passé 8 années en expatriation dans différents pays d’Afrique et d’Europe où elle a du se réinventer à chaque fois pour travailler (ou pas !). Elle est donc extrêmement concernée par cette notion de "suivi de conjoint" et de double carrière à l'étranger.
Pour lui écrire : gaelle.gregoire@expatcommunication.com

Espaces de Co-working à Moscou :
Carré-France
La Maison des Entrepreneurs Français (MEF)

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