Au retour Portraits d’expats entrepreneurs

Alexandra, de fil en détour vers une reconversion : d’ingénieur à graveur

AlexandraGGraveurAlexandra, 40 ans, mariée et maman de 3 garçons est rentrée en France il y a 2 ans après 13 ans d’expatriation.
Comment a-t-elle pu garder un fil rouge sur son CV tout en suivant son conjoint ? Et finalement, n'y-a-t-il qu'un fil à suivre coûte que coûte ? Elle nous raconte !

Pourquoi l'expat ?

Je n’avais jamais vraiment songé à travailler à l’étranger une fois mon diplôme d’ingénieur en poche. C’était sans compter le stage obligatoire en pays anglophone et la rencontre de mon futur mari travaillant déjà aux Etats-Unis. Donc l’expat a tout d’abord été pour moi une évidence : le début de notre vie à deux.

Que faire sans visa ?

Me voilà donc à Houston, mais sans visa de travail. Pour moi il n’était pas question de ne pas travailler. Fraîchement diplômée, je tenais à avoir une activité, mais malgré plusieurs entretiens intéressants, impossible de décrocher un job sans visa. Mon petit fil rouge semble bien fin ... Nous demandons une mutation pour mon mari, j’ai mis ce temps de transition à profit en faisant du bénévolat et en retournant à ma passion artistique en prenant divers cours de dessin, peinture, design …
Quelques mois passent et une nouvelle destination est proposée à mon mari : l’Angola. Quelle blague ! Que vais-je bien pouvoir faire dans un pays où je ne parle pas la langue ?

N’oublions pas l’importance du réseau !

Dès mon arrivée, pas très sûre de moi j’annonce tout de même à tous ceux qui me demandent que j’ai bien l’intention de travailler. Je ne sais pas encore comment : facile à dire mais plus difficile à mettre en œuvre. Pour autant ma motivation et le soutien de mon entourage sont là. De fil en aiguille, par le réseau pro de mon mari, j’ai contacté l’entreprise qui allait m’embaucher ; qui plus est dans mon domaine de compétence d’ingénieur qualité. Mon petit fil rouge tient le coup ! J’ai adoré ce job, cela m’a donné confiance et rassurée quant à ma capacité à trouver une activité qui me convient tout en suivant mon conjoint. Il faut dire qu’à l’époque il n’y avait pas de contraintes au niveau visa de travail. Un réel plus.

Le graal : un visa de travail (toujours lui)

Après 1 an, retour plus serein à Houston, avec cette fois un visa qui me permet d’obtenir un permis de travail. De plus, j’ai été aidée dans ma recherche de boulot par un coach pris en charge par la société de mon mari. Un soutien non négligeable dans les méandres de la recherche d’emploi, dans un pays où l’on ne connaît pas tous les us et coutumes.

Avec un permis de travail, en parlant la langue, et avec toujours une grande motivation, j’ai pu décrocher un job après 5 mois de recherche. Cette fois, non pas par réseau mais grâce aux jobs boards locaux (ici monster.com). Mon fil rouge tient bon sur mon CV, mais cela ne s’est pas fait sans mille questionnements existentiels et une montagne d’énergie dépensée. Ces quelques années aux Etats-Unis, m’apportent un juste équilibre entre mon boulot, la famille et également ma pratique artistique ; loisir qui m’ancre à chaque destination.

Le cycle de l’expat

Nouveau départ, nouveau pays : le Congo. Et les mêmes questionnements qui reviennent : vais-je trouver ma place une fois la famille installée ? C’est un travail long, éprouvant et stressant de se réinventer professionnellement à chaque destination. Après avoir tissé mon fil rouge au Congo, toujours grâce au réseau (amical cette fois-ci : dès mon arrivée mon entourage savait que je souhaitais travailler !). Le Brésil suit, mais cette fois sans opportunité de travail conventionnel.

Néanmoins, la joie de la découverte d’un nouveau pays, d’une nouvelle culture est toujours présente. Ces différentes expériences sont des opportunités uniques pour chacun et la famille, je ne changerais pas cela. Cependant l’arrivée dans un pays où je savais ne pas pouvoir travailler et continuer pour autant à tisser mon fil rouge n’a pas été facile. Il a fallu que je réfléchisse à une approche différente pour me sentir à ma place. Toutes ces dernières années j’ai tissé le fil rouge de mon CV, et me voilà désemparée dans ce nouveau pays où ce fil n’a plus lieu d’être si je ne peux pas travailler. Je reprends l’apprentissage du portugais, et pour pratiquer régulièrement, je m’inscris dans une école d’art, une façon d’allier l’utile à mon intérêt artistique.

Une petite graine est plantée dans mon esprit, ai-je suivi le bon fil ? Y a-t-il autre chose pour moi que de suivre ce même fil rouge qui me conviendrait ? Je n’ai pas trop eu le temps de réfléchir à ce que cela implique que l’heure du retour en France sonne soudainement.

Le retour non préparé

Une lente prise de conscience s’opère alors, pourquoi ce fil rouge ? Est-ce le bon fil ? Moi qui aie toujours su rebondir en pays étranger, j’ai du mal à trouver ma place en France. Un certain ras le bol de devoir toujours être celle qui recommence à chaque destination.

J’ai pourtant mis de l’énergie dans ce fil rouge pour justement gérer ce moment du retour, et clin d’œil du destin dans une région favorable à mon domaine d'ingénieur qualité ! Mais l’envie n’est plus là. Il y a aussi les enfants qui demandent de l’attention. Et moi, qui aspire à avoir une activité qui me permette de m’épanouir vraiment et non pas d’avoir un job qui simplement rentre dans les cases de mon CV pour continuer à dérouler ce fameux fil rouge !

J’ai envie de pouvoir allier ma vie pro et perso de manière plus équilibrée et surtout que je puisse transporter cette activité. L’installation faite, je me tourne une fois encore vers l’art : la gravure pour être plus précise, découverte à Houston. Une constante dans tous ces changements.

Une reconversion en cours

LinoZincDyptiqueCristoRioAlexandraGCommencent alors des mois de questionnements, de bilan de compétence, d’accompagnement coaching. J'avais trouvé une école d'art pour reprendre des cours de gravure et surtout avoir accès à une presse. Je savais au fond de moi que mon projet serait dans le domaine artistique. Mais c'était encore confus, d'où l'accompagnement. Et depuis quelques mois, le début d’une activité nomade qui me réjouit. Je ne me suis jamais vue entrepreneur mais ma passion artistique m’a rejointe : Artisan Graveur.

MonotypeSFAlexandraG J’ai exposé mes gravures cette année, j'avais besoin d'action pour lancer mon projet ! Ce fut chez moi pour cette première fois, car ce n'est pas simple de trouver un lieu. J'ai également crée une page Facebook  et je suis en cours de création d’un site web. Il y a encore beaucoup à apprendre mais je travaille de chez moi, je peux gérer mon rythme selon mes besoins et mon envie. C’est le début d’une nouvelle aventure. Je sais que où que je sois je pose ma presse, mes couleurs et la magie opère.

Serais-je devenue Graveur sans passer par la case expat ? Difficile à dire, mais à chaque fois j'ai dû me remettre en question et m'adapter. Garder mon âme artistique a toujours été mon ancrage, mon autre fil rouge finalement.

Tâchons de ne pas nous oublier en cours de route pour remplir les cases de notre CV coûte que coûte, mais plutôt de nous réaliser !

 

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