Expat et Carrière Portraits d’expats entrepreneurs

De retour du Canada, Marjorie, journaliste, a créé ExExpat Le Podcast

Marjorie exexpatBonjour Marjorie, pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Je m’appelle Marjorie Murphy. Enfin avant de rencontrer mon mari et de vivre au Canada, je m’appelais Marjorie Roulmann. Je me suis dit qu’en arrivant à Toronto comme journaliste, Murphy sonnerait mieux… allez savoir ! J’ai 44 ans, 2 enfants nés au Canada, mariée donc à un britanico-canadien. Nous habitons tous à Paris depuis presque 3 ans, de retour de Toronto. J’ai fait une maîtrise de communication en même temps que des cours de théâtre. Je suis journaliste depuis presque 18 ans et je produis un podcast sur le retour en France des expats depuis quelques semaines www.exexpat-lepodcast.com

Quel est votre parcours d'expat ?

J’ai donc vécu 1 an en 1996 à New-York. J’étais jeune, insouciante et curieuse : je n’ai donc pas eu vraiment l’impression de partir, ni de revenir. Le fait est que ça a quand même dû marquer mon existence, car après j’ai beaucoup traîné dans les milieux anglophones, notamment dans les bars et pubs, où j’ai rencontré mon mari. A l’époque, Peter était en France depuis déjà 3 ans et était barman, alors qu’il avait en poche un Master de droit (8 ans d’études). C’est lui qui m’a fait remarquer à l’époque que la France était très conservatrice. Et que si on n’était pas dans les cases (telle école, dans telle ville et telle quartier) il était difficile de faire carrière.

Au bout de 2 ans de vie commune, il m’a avoué qu’il n’en pouvait plus et que c’était quand même dommage d’avoir fait toutes ces études pour ne pas s’en servir. Il m’a donc demandé en mariage et dans la foulée m’a proposé de partir dans son pays : le Canada. Je venais d’être embauchée à Europe 1, j’avais donc moyennement envie de quitter la vie professionnelle que je m’étais construite mais… l’amour ! Nous avons fait un dossier de parrainage puisque nous étions mariés, et en septembre 2006, nous sommes arrivés à Toronto, sans rien, sauf le toit de ses parents à plus d’une heure de la ville. Etant très citadins, nous sommes restés 10 jours, le temps de trouver un meublé. Et c’était parti !

Parlez-nous de votre expérience professionnelle à Toronto. Quels ont été, selon vous, les principaux obstacles, mais aussi les bonnes surprises ? 

Grâce a un petit réseau de journalistes, mais surtout grâce au fait que j’ai fait un stage à ABC News quand j’habitais New York, Radio-Canada m’a embauché 6 mois après mon arrivée, le temps que j’ai ma carte de résidente permanente. J’avais toujours rêvé d’être chroniqueuse culturelle et non journaliste économique comme à Paris. Le Canada m’a offert de réaliser ce rêve sur un plateau. J’ai passé 9 ans à l’antenne de Radio-Canada à intervenir en tant que chroniqueuse donc, mais aussi qu’animatrice. Je me levais à 4 ou 5 h du matin pour être à l’antenne et j’allais voir pièces de théâtre et concerts le soir. Tout en ayant 2 enfants. Mais j'adorais ça !

D’avoir vécu notamment le Festival du film de Toronto, énorme machine où l’on rencontre et interviewe les plus grandes stars du monde, restera mon moment annuel le plus mémorable de ma carrière et de ma vie au Canada. Mais après 10 ans, j’ai eu l’impression d’avoir fait le tour. Je me suis dit : tiens je ferai bien la même chose à Paris. L’Europe me manquait. Mon mari en avait marre du Canada. Nous sommes rentrés.

Je n’ai jamais retrouvé un tel poste.

Depuis mon retour on ne cesse de me dire que mon CV est atypique, on me propose des jobs de web rédacteur payé au lance-pierre. On m’a dit que je n’avais pas de « nom » connu, donc que je n’aurai jamais de poste de chroniqueuse. On m’a dit que j’étais perchée parce que je faisais des sujets radiophoniques différents, peut-être plus canadien, radio publique. Bref, heureusement, mon petit réseau d’anciens et surtout de nouveaux contacts, m’a permis d’explorer le monde du journalisme corpo, des agences de pub, de conseils, de l’évènementiel, etc. Et surtout j’ai lancé mon fameux podcast, qui me permet de faire ce que j’aime tout en parlant d’un fait de société important et pourtant laissé de coté.

Pourquoi ce podcast ? 

Le podcast est venu naturellement. Dès mon arrivée il y a 3 ans, j’ai crée un blog : France Canada et vice versa. Quand j’ai découvert que mes galères de retour n’étaient pas uniques, je me suis intéressée aux autres et me suis dit que ce serait bien de faire des portraits. Mais le monde 2.0 m’a vite rattrapé. J’ai en effet rencontré il y a 6 mois ma coproductrice américaine Lory Martinez, et c’est elle qui m’a dit : « Et pourquoi pas un podcast ? ».

On s’est lancé avec une petite équipe à l’image du podcast : internationale. On a déjà énormément d’écoutes en très peu de temps, car nous faisons témoigner des ex-expats. Mais nous donnons aussi la parole à des experts ou des politiques pour expliquer la situation sur chaque thème que l'on aborde (le choc du retour, le travail, le logement). L’idée est vraiment d’accompagner ceux qui, encore à l’étranger, se demandent s'ils devraient rentrer et pourquoi ils devraient rentrer. Mais également parler à ceux qui sont déjà de retour et qui expriment des sentiments ambigus sur la France. Et puis mon but est aussi d’intéresser les français restés en France.

Que vous a apporté l’expatriation ?

Vivre au Canada m’a permis de voir le monde différemment. De pouvoir me rendre compte que l’herbe n’est pas plus verte ailleurs, mais qu’il peut y avoir de plus belles fleurs de temps en temps dans un autre coin du monde que le nôtre. Et que si on rapporte ces belles fleurs dans notre 1ère maison (en l’occurrence la France) on peut peut-être permettre à cette maison de s’enjoliver, d’être meilleure. L’expatriation m’a aussi permis de me rendre compte à quel point j’aime ma culture d’origine. Elle m’a tellement manqué pendant toutes ces années. Et pourtant je suis devenue canadienne, et aujourd’hui ma nouvelle culture me manque parfois également.  Enfin être expatriée m’a fait comprendre la difficulté d’être immigrée. Le regard des autochtones est lourd à porter parfaois. Quoiqu’il arrive ils vous jugeront toujours comme un étranger (sauf si vous vous naturalisez).

Pour conclure avez-vous un message pour les conjoints suiveurs ?

L’expatriation est une aventure exceptionnelle tant qu’on la maîtrise à l’aller comme au retour. Il faut juste être capable de se dire qu’on va y arriver et ne jamais se laisser rabaisser par qui que ce soit. L’idée de communauté est un concept important dans l’expatriation si on ne se cache pas derrière cette communauté pour éviter le contact avec les autres. Au retour c’est la même chose : solidarité et soutien sont importants, mais l’ouverture vers les autres l’est tout autant.

Retrouvez les podcasts de Marjorie ici :

Marjorie - ExpExpat le Podcast

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