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Blandine, avocate indépendante au Québec

BlandineGardeysdeSoosIl y a un an déjà, femmexpat publiait un article retraçant le parcours de Blandine, magistrate ayant fait le choix de s’installer à Montréal pour vivre en famille l’aventure de l’expatriation. Elle y confiait les premiers mois de son adaptation au Québec et les étapes de sa reconversion en avocate française, avec ses joies et ses difficultés. 

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis lors, puisque Blandine a rejoint en septembre dernier le Barreau du Québec. Avocate bénéficiant à présent d’un double rattachement France-Québec, elle a pu lancer avec succès son cabinet international de conseil au service de la communauté française expatriée.

Et l’histoire ne fait que commencer… Nous sommes retournées à sa rencontre.

Pourquoi vous êtes-vous lancée dans cette aventure ?

Le mot est bien choisi. Passer du secteur public avec un statut de fonctionnaire, à une pratique d’avocat indépendant est une véritable aventure à bien des égards. Mais je n’imaginais pas m’installer à l’étranger sans poursuivre un projet professionnel stimulant. Une fois les premiers mois d’installation écoulés, j’avais besoin de faire fonctionner mes neurones et de ne pas perdre le savoir faire acquis dans mes précédentes fonctions.

Parallèlement, les échanges avec la communauté française montréalaise et via les réseaux sociaux m’ont fait réaliser combien il est difficile, lorsqu’on réside à l’étranger, d’accéder à de l’information juridique ou d’être conseillé par des avocats compétents en droit français et droit international privé. La demande existait donc et j’avais la capacité d’y répondre. J’ai donc naturellement franchi le pas.

Pouvez-vous me raconter le parcours que vous avez dû suivre (votre parcours du combattant) ?

La profession d’avocat est une profession réglementée en France comme au Québec. Il était donc important de connaître et d’appliquer les procédures mises en place par les deux pays. Rejoindre un barreau français a été relativement simple puisque cela se fait sur dossier pour les magistrats. J’ai ensuite demandé à bénéficier de l’accord de reconnaissance mutuelle en vigueur entre la France et le Québec.

Je suis donc retournée sur les bancs de l’école pendant deux semaines suivre des cours de déontologie au milieu de jeunes étudiants québécois, expérience assez décapante puisqu’il a fallu reprendre des réflexes d’écolière et tenter de nouer des liens avec de futurs confrères assez étonnés de croiser un profil comme le mien. L’examen qui a suivi s’est bien passé. Le plus dur a été d’attendre les résultats, un mois plus tard, puis la réunion du conseil d’administration du Barreau qui devait approuver ma candidature.

Ce n’est que fin août 2017 que j’ai reçu la bonne nouvelle, soit plus de six mois après l’examen. Cette attente fut pour moi une école de patience.

Quelles ont été les bonnes surprises lors de ce parcours ?

Les bonnes surprises de ce parcours sont incontestablement les rencontres. Avec les personnes qui m’ont accompagnée dans ma reconversion d’abord, mais également avec mes clients expatriés. J’apprécie tout particulièrement la relation de confiance qui se noue entre l’avocat et son client, même si souvent les échanges se font exclusivement par le biais d’internet. Ce lien m’honore et me pousse à l’excellence dans le service rendu. Lorsque je travaille, la plus belle récompense pour moi est d’être recommandée par d’anciens clients satisfaits de mes services. Dans ce domaine, j’ai pu expérimenter combien les choses vont vite.

Des liens avec d’autres avocats français vivant aux quatre coins du monde ont également vu le jour. Ils se sont encore renforcés depuis que je co-anime un groupe Facebook « Expats avocats et juristes » où nous pouvons échanger et nous enrichir de nos parcours respectifs.

Enfin, j’apprécie beaucoup de collaborer avec les différents acteurs du monde de l’expatriation : rédaction d’articles de vulgarisation juridique, Podcasts, partenariats avec d’autres professionnels du secteur ou avec l’UFE. Chacun a son rôle à jouer auprès de notre communauté et notre complémentarité me réjouit.

Et les mauvaises ?

Je dirais que la partie qui m’intéresse le moins dans ce nouveau métier est la comptabilité. Les avocats au Québec sont tenus de remplir différents registres comptables, ce qui peut parfois sembler lourd, surtout lorsqu’on a toujours été salarié et épargné par ce type de contraintes. Mais ce n’est pas insurmontable !

Si c’était à refaire, changeriez-vous quelque chose ?

Après réflexion, non rien. Si c’était à refaire, je choisirais le même pays, la même profession et la même clientèle. C’est une chance en effet d’être en mesure d’assurer une certaine continuité dans son activité et de pouvoir en vivre.

Et sur le plan personnel, cela a-t-il changé vos sentiments face à votre expatriation ?

Il est certain que mon expatriation n’aurait pas la même saveur si je ne m’y épanouissais pas professionnellement. D’un autre côté, notre séjour au Québec est bien plus que cela. C’est d’abord un projet familial, un nouvel horizon pour parents et enfants, plus de temps pour vivre ensemble, ouvrir son cercle d’amis, s’investir dans le bénévolat, voyager, s’émerveiller.

La vie ne se résume pas à un travail, à une étiquette que l’on s’attribue ou que l’on nous attribue. L’expatriation nous donne la chance de développer au contact d’un environnement social différent certains aspects de notre personnalité qui ne demandaient qu’à s’exprimer… comme par exemple pour moi mon côté entrepreneur.

Si vous deviez revenir en France aujourd’hui, pensez-vous que cette expérience d’expatriée changerait votre façon de travailler au retour ?

Certainement. Rentrer en France signifierait probablement pour moi reprendre mon métier de juge dans lequel je me suis beaucoup épanouie jusqu’à ma mise en disponibilité fin 2016.

L’avantage est que la magistrature offre une importante variété de profil de postes et qu’il y aura certainement une juridiction ou une administration où je pourrai me rendre utile en valorisant mon expérience à l’étranger.

Cette expatriation changerait-elle tout simplement votre façon d’être ?

Je poserai cette question à mon entourage familial et amical si nous rentrons.

Quelle est votre plus belle anecdote dans votre expérience d’avocate au barreau de Québec ?

L’an dernier, il se trouve que ma seconde fille a remporté un concours littéraire organisé par le Barreau de Montréal. Les lauréats se voyaient notamment offrir une visite guidée du palais de justice de la ville avec la personne de leur choix. Le programme de la journée prévoyait également une rencontre avec un « vrai » (sic !) juge. Ce fut pour moi l’occasion de découvrir comment sont organisées les juridictions québécoises, d’échanger avec plusieurs collègues et de prendre la température des salles d’audience avant de revenir y plaider, quelques mois plus tard.

Retrouvez ici le site internet de Blandine.

Témoignage recueilli par Maïté Mougin

 

Maïté-Mougin

Maïté Mougin est la responsable éditoriale de FemmExpat, site édité par Expat Communication . Elle a vécu dix ans en expatriation (Portugal, Turquie et Roumanie). Elle est rentrée en France en 2014.
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