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Bénévolat et entrepreneuriat : une démarche comparable ?

TRIBUSBéatrice, expatriée au Gabon, a créé "Tribu(s)", une association. Elle partage avec nous son expérience et explique en quoi la création de cette association est comparable à la création d'un business.

Comment est née l’idée de créer une association ?

J’ai travaillé en France, en communication, pour un grand groupe français. Ensuite, quand on s’est marié, j’ai rejoint mon mari au Gabon. J’ai travaillé pendant quelques mois dans une société de placement de personnel sur un des chantiers pétroliers.

On a attendu ensuite nos enfants, j'ai donc pris une grande pause. On est parti en Tanzanie puis, revenu au Gabon. C'est à ce moment là que j'ai eu l'idée…

En fait, l'idée de « Tribu (s) » a commencé à germer en Tanzanie et le fait de revenir dans un endroit connu, où j'avais déjà des repères, m'a permis de monter plus facilement mon projet.

Le projet «Tribu (s) »

«Tribu (s) » est une marque qui fait des vêtements et des accessoires aussi bien pour la famille que pour la maison. Le concept est que tout est personnalisable à 100%.

J'ai même acheté une brodeuse pour faire les broderies sur-mesure. Ensuite, en utilisant le tissu wax, le pagne, comme on l'appelle en Afrique de l'ouest, on réalise des montages. Ceux-ci sont créés par l'atelier du centre ménager de la paroisse Sainte Thérèse à Port-Gentil.

Ce centre est une deuxième chance de formation pour des jeunes filles qui n'ont pas pu aller à l'école. Il existe également pour les personnes n'ayant pas réussi à suivre une scolarité dite «normale». Ainsi, ce sont elles qui fabriquent les produits que je revends.

Tous les bénéfices de «Tribu (s) » reviennent aux sœurs, pour qu'elles puissent continuer leur mission d'enseignement au Gabon.

«Tribu (s) » : une association ?

Tribu(s) est une association à but lucratif. En effet, il nous faut le droit de vendre mes produits. J’utilise un site e-commerce et il y a des règles à respecter.

Ce projet «Tribu (s)», une démarche comparable à la création d’entreprise ?

Oui ! J’ai monté un business plan. Pour cela, j'ai convoqué mes frères et sœurs, des amis et on a beaucoup échangé sur le concept, sur la clientèle, et sur les types de produits qu'il fallait proposer.

Je tiens une comptabilité précise, je calcule mes prix de vente en fonction de mon prix d'achat de la matière première, de la marge que je donne aux sœurs etc. Enfin, j'essaie vraiment de mettre en œuvre tout ce que j'ai appris pendant mes études pour réellement créer quelque chose qui se rapproche d'une entreprise.

Pourquoi avoir choisi d’être bénévole ?

Dans ma situation c'est assez facile. Avec ma famille, nous sommes expatriés depuis quatre ans et je n'ai clairement pas besoin de travailler pour nous faire vivre. Nous avons la chance que le salaire de mon mari suffise.

De plus, au Gabon, c'est assez compliqué, pour les conjoints qui suivent de trouver du travail : il faut des papiers, des autorisations… C'est compliqué pour les entreprises, ce qui ne les rendent pas enclines à nous embaucher.

En plus on ne sait jamais quand on part...

Je me suis donc dit que c'était vraiment l'opportunité de ma vie de faire exactement ce que j'avais envie de faire, ce qui me plaisait. C'est une chance parce que ce n’est pas du tout donné à tout le monde. Ça avait du sens d'aider ces jeunes filles. L'association est vraiment un organisme qui m'a tout de suite parlé.

Les 3 points forts de cette expérience bénévole

Le premier est très égoïste : je m'éclate ! Je trouve ça super de se lancer et j'ai la chance de pouvoir le faire.

Un autre point fort est que pour moi c'est une occasion de me confronter à la population locale. Lorsque nous sommes en expatriation on a tendance à rester entre nous. C'est plus simple, plus confortable et puis surtout il n’y a pas tellement d'occasions en fait de rencontrer les gens du pays.

Donc là j'ai la chance de pouvoir tisser des liens de confiance avec les sœurs, avec les monitrices de couture et petit à petit avec les jeunes filles du centre. C'est un grand cadeau.

Le dernier point c'est que ce projet montre que je suis capable de faire quelque chose. Ça fait quatre ans que j'ai arrêté de travailler, j'ai fait une grande école de commerce. J'étais, on va dire, sur des rails toutes tracées et puis tout s'est arrêté... Et il a fallu l'accepter et ça n’a pas été toujours facile.

Aujourd'hui je me rends compte que je suis capable de me relancer, de faire quelque chose toute seule en autonomie complète. Et que ça marche ! Les gens sont réceptifs aux projets ici, à Port-Gentil, mais aussi en France. J’ai même des commandes de Hong-Kong, c'est incroyable.

Des conseils pour ceux qui souhaitent faire du bénévolat ?

Premier conseil

Pour faire du bénévolat et pour que ça marche, je crois, que c'est vraiment important de se sortir de la tête que c'est nous qui allons aider les gens. Evidemment on va leur donner du temps, de la disponibilité, des connaissances, mais ce sont eux qui vont nous en apprendre énormément sur nous. Je suis époustouflée de voir tout ce que je découvre jour après jour sur moi, sur ma capacité à aller plus loin, sur finalement ma capacité d’être patiente. Au départ, ce n'est pas ma qualité principale.

Deuxième conseil

Lancez-vous ! Personnellement, j'ai eu beaucoup de mal à le faire au départ. Il m'a fallu trois ans de vie en Afrique pour oser me lancer. Si tu as une compétence qu'elle soit managériale, financière ou juste du temps à donner... donne-le. C’est ce qui va te faire grandir.

Dernier conseil

Ne pas y aller seul. Soyez entouré ! Dans mon cas, je suis entouré de mon mari, mais également par des amis, par une association, une structure. Parce que c'est vrai qu'il y a des moments où on est découragé, qu'on pense qu’on ne va jamais y arriver... Ça peut arriver et ça peut stopper une action de bénévolat alors qu'il suffit juste de passer à l'étape d'après.

Comment soutenir le projet «Tribu (s) » et le Centre Ménager de Port-Gentil au Gabon ?

Le centre Ménager de Sainte Thérèse fonctionne avec les sœurs, qui sont présentes toute l'année. Et il y a trois monitrices de couture, qui donnent des cours. Elles ont besoin de plus de bénévoles pour donner assurer plus de cours. Ces trois monitrices ne suffisent pas. Elles sont d'ailleurs payées avec l'argent que je leur donne. Sans cet argent, elles n'auraient pas les moyens de payer leurs salaires, leurs retraites, leurs vacances d'été etc.

Il y a besoin de bénévoles pour donner des cours de français, mais aussi de maths, d'alphabétisation, de cuisine, d'esthétique… Evidemment, il y a besoin de moyens financiers pour maintenir le centre en état, acheter du matériel, du tissu, pour le faire vivre tout simplement.

Témoignage de Béatrice, expatriée au Gabon et créatrice de "Tribu(s)"

Entre la réalisation de cet entretien et sa publication, Béatrice a quitté le Gabon pour la France et est actuellement en train de réfléchir à comment pérenniser son activité. À suivre...

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