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Bénévolat et entrepreneuriat : une démarche comparable ?

TRIBUSBéatrice, expatriée au Gabon, a créé "Tribu(s)", un atelier de tissage qui permet la formation de jeunes filles gabonaises. A son retour en France, un an plus tard, son projet associatif au Gabon est devenu un projet entrepreneurial au retour en France ! Même si en 2019, l'aventure a pris fin, son témoignage nous inspire... Bénévolat et entrepreneuriat : une démarche comparable ?

Comment est née l’idée de créer une association ?

J’ai travaillé en France, en communication, pour un grand groupe français. Ensuite, quand on s’est mariés, j’ai rejoint mon mari au Gabon. J’ai travaillé pendant quelques mois dans une société de placement de personnel sur un des chantiers pétroliers.

On a attendu ensuite nos enfants, j'ai donc pris une grande pause. On est partis en Tanzanie puis, revenus au Gabon. C'est à ce moment là que j'ai eu l'idée…

En fait, l'idée de « Tribu (s) » a commencé à germer en Tanzanie et le fait de revenir dans un endroit connu, où j'avais déjà des repères, m'a permis de monter plus facilement mon projet.

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Le projet «Tribu (s) »

«Tribu (s) » est une marque qui fait des vêtements et des accessoires aussi bien pour la famille que pour la maison. Le concept est que tout est personnalisable à 100%.

J'ai même acheté une brodeuse pour faire les broderies sur-mesure. Ensuite, en utilisant le tissu wax, le pagne, comme on l'appelle en Afrique de l'ouest, on réalise des montages. Ceux-ci sont créés par l'atelier du centre ménager de la paroisse Sainte Thérèse à Port-Gentil.

Ce centre est une deuxième chance de formation pour des jeunes filles qui n'ont pas pu aller à l'école. Il existe également pour les personnes n'ayant pas réussi à suivre une scolarité dite «normale». Ainsi, ce sont elles qui fabriquent les produits que je revends.

Tous les bénéfices de «Tribu (s) » reviennent aux sœurs, pour qu'elles puissent continuer leur mission d'enseignement au Gabon.

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«Tribu (s) » : bénévolat ou entrepreneuriat ?

Tribu(s) est une association à but lucratif. En effet, il nous faut le droit de vendre mes produits. J’utilise un site e-commerce et il y a des règles à respecter.

Ce projet «Tribu (s)» était une démarche comparable à la création d’entreprise ?

Oui ! J’ai monté un business plan. Pour cela, j'ai convoqué mes frères et sœurs, des amis et on a beaucoup échangé sur le concept, sur la clientèle, et sur les types de produits qu'il fallait proposer.

J'avais une comptabilité précise, je calculais mes prix de vente en fonction de mon prix d'achat de la matière première, de la marge que je donnais aux sœurs etc. Enfin, j'essayais vraiment de mettre en œuvre tout ce que j'ai appris pendant mes études pour réellement créer quelque chose qui se rapproche d'une entreprise.

Pourquoi avoir choisi d’être bénévole ?

Dans ma situation c'était assez facile. Avec ma famille, nous étions expatriés depuis quatre ans et je n'avais clairement pas besoin de travailler pour nous faire vivre. Nous avions la chance que le salaire de mon mari suffise.

De plus, au Gabon, c'est assez compliqué, pour les conjoints qui suivent de trouver du travail : il faut des papiers, des autorisations… C'est compliqué pour les entreprises, ce qui ne les rendent pas enclines à nous embaucher.

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En plus on ne sait jamais quand on part...

Je me suis donc dit que c'était vraiment l'opportunité de ma vie de faire exactement ce que j'avais envie de faire, ce qui me plaisait. C'est une chance parce que ce n’est pas du tout donné à tout le monde. Ça avait du sens d'aider ces jeunes filles. L'association est vraiment un organisme qui m'a tout de suite parlé.

Les 3 points forts de cette expérience bénévole

  1. Le premier est très égoïste : je me suis éclatée ! J'ai trouvé ça super de se lancer et j'ai la chance de pouvoir le faire.
  2. Un autre point fort : c'était une occasion de me confronter à la population locale. Lorsque nous sommes en expatriation on a tendance à rester entre nous. C'est plus simple, plus confortable et puis surtout il n’y a pas tellement d'occasions en fait de rencontrer les gens du pays. Donc là j'ai la chance de pouvoir tisser des liens de confiance avec les sœurs, avec les monitrices de couture et petit à petit avec les jeunes filles du centre. C'était un grand cadeau.
  3. Le dernier point c'est que ce projet m'a montré que je suis capable de faire quelque chose. Ça fait quatre ans que j'ai arrêté de travailler, j'ai fait une grande école de commerce. J'étais, on va dire, sur des rails toutes tracées et puis tout s'est arrêté... Et il a fallu l'accepter et cela n’a pas été toujours facile. Aujourd'hui je me rends compte que je suis capable de me relancer, de faire quelque chose toute seule en autonomie complète. Et que ça marche ! Les gens sont réceptifs aux projets ici, à Port-Gentil, mais aussi en France. J’ai même des commandes de Hong-Kong, c'est incroyable !

Des conseils pour ceux qui souhaitent faire du bénévolat ?

Premier conseil

Pour faire du bénévolat et pour que ça marche, je crois, que c'est vraiment important de se sortir de la tête que c'est nous qui allons aider les gens. Evidemment on va leur donner du temps, de la disponibilité, des connaissances, mais ce sont eux qui vont nous en apprendre énormément sur nous. Je suis époustouflée de voir tout ce que je découvre jour après jour sur moi, sur ma capacité à aller plus loin, sur finalement ma capacité d’être patiente. Au départ, ce n'était pas ma qualité principale.

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Deuxième conseil

Lancez-vous ! Personnellement, j'ai eu beaucoup de mal à le faire au départ. Il m'a fallu trois ans de vie en Afrique pour oser me lancer. Si tu as une compétence qu'elle soit managériale, financière ou juste du temps à donner... donne-le. C’est ce qui va te faire grandir.

Dernier conseil

Ne pas y aller seul. Soyez entouré ! Dans mon cas, je suis entouré de mon mari, mais également par des amis, par une association, une structure. Parce que c'est vrai qu'il y a des moments où on est découragé, qu'on pense qu’on ne va jamais y arriver... Ça peut arriver et ça peut stopper une action de bénévolat alors qu'il suffit juste de passer à l'étape d'après.

Comment s'est donc passée la transition et le retour en France ?

Pas super bien pour être honnête ! Nous avons dû quitter le Gabon en 10 jours et TRIBU(S) était à ce moment là en plein essor. J'avais un gros carnet de commandes, plusieurs projets de partenariats et tout s'est arrêté d'un coup ! Dur dur...

Tribu_coussins_waxJ'ai trois amies du Gabon qui ont accepté de prendre la relève mais au bout de quelques mois, nous avons arrêté de travailler à distance car cela ne fonctionnait pas. J'ai quitté le Gabon enceinte de 3 mois et sans maison pour nous accueillir à notre arrivée, donc finalement TRIBU(S) a dû faire une pause un peu forcée.

Pendant cette pause, j'ai essayé de continuer à être un peu présente sur les réseaux sociaux pour ne pas faire "mourir" la notoriété de TRIBU(S), mais cela n'a pas été évident. Surtout, comme nous avons arrêté de faire fabriquer au Gabon les produits, il a fallu trouver un atelier en France...

Parlez-nous justement des démarches à effectuer en France...

L'urgence, c'était de pouvoir continuer à produire, mais je voulais trouver un atelier "humain" et de qualité. J'ai donc farfouillé un peu partout, passé pas mal de coup de fils pour finalement trouver un atelier de couture à une heure de chez moi.

Les produits de TRIBU(S) ont donc été fabriqués dans un ESAT qui emploie des personnes handicapées. Ensuite, il a fallu me déclarer ici en tant que Micro entrepreneur. Les démarches ne sont pas très compliquées en soi mais la marche à suivre n'est pas limpide et j'ai pas mal tâtonné au début !

Facile de mettre ce projet en place en France ?

Oui et non ! Oui, parce que mon bureau est nomade et qu'il ne me faut qu'un peu de place pour travailler. Oui, parce qu'en France, beaucoup de démarches se font sur Internet, sans avoir besoin de se déplacer...

Non, parce qu'en fin de compte, je recommence à zéro ! J'ai perdu une clientèle expat acquise à ma cause, connaisseuse du tissus wax, avec un fort pouvoir d'achat ! En France, la concurrence est féroce ; beaucoup de créatrices ont des brodeuses (même si elles sont rares à travailler le wax). Si on cherche un cadeau, il y a mille propositions dans toutes les boutiques et surtout on a encore du mal à valoriser le "fait main" par des personnes qui en ont besoin (et donc, inévitablement, plus cher !).

Une suite sur place au Gabon ou le projet a été intégralement français ?

Maintenant tout est fabriqué en France, mais je continue à travailler avec le wax que j'ai rapporté de là-bas ! J'ai essayé aussi de continuer à verser des bénéfices au Centre Ménager pour les aider.

En Afrique j'avais beaucoup plus de temps pour travailler car j'avais beaucoup d'aide pour le quotidien chez moi et un enfant de moins ! Ici, c'est dur de trouver le temps et de rester motivée car, comme pour tout le monde, les temps sont durs... Comme pour tout, plus on travaille, plus on réussit et j'ai des difficultés à trouver le temps de développer toutes mes idées !

Que gardez-vous de cette expérience ?

Je me trouve très chanceuse d'avoir pu concilier pro et humain ! Évidemment, cela m'a apporté beaucoup personnellement (équilibre, impression de faire quelque chose "de bien"), mais je suis aussi consciente que l'intégration des personnes handicapées et plus globalement la valorisation de leur vie, passe par le fait de les faire travailler selon leurs capacités. A l'heure où le handicap est considéré en France comme un problème et un poids pour la société, je suis heureuse d'avoir pu montrer, même de façon minime, que ces personnes ne sont que des valeurs et qu'il est temps de les intégrer dans nos projets !

 

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